1. Je dis : « Écoute-Moi bien, Mon très cher ami : c'est là une
chose de la plus grande nécessité sur cette planète sur laquelle les hommes
sont destinés à devenir par eux-mêmes de véritables enfants de Dieu !
2. La moindre limitation
spirituelle de Ma part à un parfait libre arbitre réduirait à néant cette
intention qui est la Mienne !
3. C'est pourquoi il faut
absolument qu'ici [sur cette terre], le champ le plus libre soit en permanence
laissé à l'appréhension de tous les péchés possibles jusqu'au tréfonds du pire
des enfers, comme à celle de la plus extrême vertu au plus haut des cieux, sans
quoi il ne sera plus question de devenir des enfants de Dieu sur cette terre qui
y est destinée !
4. Et c'est précisément là
la raison secrète pour laquelle même la plus merveilleuse doctrine divine doit
à la longue s'abaisser jusqu'à la boue la plus infâme !
5. Nul ne peut dire de Ma
doctrine qu'elle demande rien qui soit contre-nature, inéquitable et
impraticable ; et pourtant, il s'y installera à la longue tant de rigueurs et
d'exigences impossibles que nul être humain ne sera plus en mesure de les
observer.
6. Par un zèle outrancier,
on massacrera des hommes par centaines de milliers plus cruellement que les
pires des bêtes féroces, et l'on pensera rendre ainsi à Dieu un service
particulièrement agréable.
7. Oui, si les hommes le
veulent, Je devrai Moi-même Me laisser emprisonner par eux et même, pour
finir, Me laisser tuer selon le corps, afin justement que les hommes puissent
exercer leur volonté de la manière la plus parfaitement libre ; car ce n'est
que par cette liberté supérieure et absolument illimitée que les hommes de
cette terre seront véritablement mis à même de s'élever jusqu'à la condition
d'authentiques enfants de Dieu, parfaitement semblables à Dieu en toute chose
et dieux eux-mêmes.
8. Car les enfants de Mon
amour doivent devenir à jamais ce que Je suis Moi-même, Dieu d'éternité en
éternité par la seule force de Ma volonté parfaitement illimitée !
9. Mais pour qu'ils
deviennent cela, il faut précisément cette évolution spirituelle que tu ne
peux encore trouver à ton goût. Réfléchis donc seulement un peu, et tu
découvriras qu'il est impossible qu'il en soit autrement !
10. Là où il faut
atteindre le plus haut, le plus bas doit être également présent ! »
11. À ces mots, Cornélius se met à réfléchir, et il
dit au bout d'un moment : « Oui, oui, Seigneur, je commence à y voir un peu
plus clair en moi-même ! Je devrais sans doute bien comprendre la chose, mais
il y a encore là bien des nuages et des brumes à travers lesquels mon âme ne
peut encore recevoir une vraie clarté. Pourtant, à certains instants, je
perçois qu'il fait plus clair en moi et qu'alors je saisis bien des choses, et
en ce moment précis, je saisis cela de telle manière qu'il me serait impossible
d'élever le moindre doute là contre ; mais quant à pouvoir dire que j'y vois
parfaitement clair dans ce domaine de sagesse assurément inconnu de tous jusqu'ici,
j'en suis encore bien loin !
12. Mais là aussi, ô
Seigneur, Tu pourrais sans doute mettre dans mon cœur un tout petit peu plus
de lumière ! »
13. Je dis : « Je le
pourrais, assurément — mais cette lumière plus puissante ne serait alors pas
ton œuvre, mais uniquement la
Mienne, et donc étrangère en toi ! Tu n'aurais plus alors ni à chercher, ni à
demander, ni à frapper à aucune porte.
14. Or, Je veux et dois
vouloir que tout homme progresse selon les voies indiquées par Moi et gagne
par ses propres efforts et ses propres renoncements ce dont il a besoin ici-bas
et pour l'au-delà, sans quoi il ne pourrait jamais agir entièrement par
lui-même, donc devenir un être autonome.
15. Or, une indépendance
pleine et entière est l'une des conditions les plus indispensables de la plus
grande félicité.
16. Considère un
serviteur, si bien placé soit-il : auprès de son maître, il a presque tout ce
qu'a son maître très fortuné ; il peut goûter des mets les plus fins et boire
le vin de l'hospitalière table de son maître. Si le maître voyage sur terre ou
par mer, il emmène son serviteur avec lui, et ce que goûte le maître, le
serviteur le goûte aussi. Et pourtant, chacun d'eux goûte un bonheur bien différent.
17. Le serviteur se dit
souvent : "J'ai un bon maître, il n'exige rien de moi que je puisse
trouver injuste, je suis bien considéré et bien entretenu ; mais s'il
m'advenait de trop présumer de moi-même, il pourrait toujours me dire : 'Mon
serviteur, je t'ai traité comme mon propre fils et ne t'ai demandé en échange
qu'un léger et juste service. Mais tu as trop présumé et tu t'es mis à jouer
les maîtres ; aussi ne puis-je te garder à mon service, et tu dois quitter ma
maison !' Il me faudrait alors partir et devenir un mendiant ; mais mon
maître, lui, demeurerait le maître de tous ses biens.'
18. Vois-tu, Mon ami, une
telle pensée gâte bien souvent le bonheur du serviteur ! Mais le maître, lui,
est véritablement heureux — et même s'il aime beaucoup son fidèle serviteur,
il n'aura jamais à redouter qu'il ne le quitte ; car il en trouverait aisément
cent pour remplacer celui-là. Il demeure le maître fortuné, possesseur pour
son propre compte de multiples domaines et d'innombrables autres richesses.
Sa félicité ne peut donc être troublée, tandis que celle, contingente, du
serviteur, peut recevoir à tout instant le coup de grâce. Et, vois-tu, il en
va de même ici-bas !
19. Tant que Je vous
insuffle la vie et la lumière, Moi, le maître de toute vie et de toute lumière,
vous n'êtes que Mes serviteurs et Mes valets ; car Je peux maintenir en vous la
vie et la lumière tant que Je le voudrai, Moi et Moi seul. Où trouverez-vous
ensuite la lumière et la vie ?! La seule pensée de l'éventualité de ce que Je
viens de dire n'éveille-t-elle pas nécessairement en toi une très grande
angoisse ?
20. Et lorsqu'il est
encore possible d'éveiller en une âme une quelconque crainte, frayeur ou
angoisse, il ne saurait être question d'une parfaite félicité ! »