1. Là-dessus, Je
Me tourne et dis à Hébram : « Eh bien, tu as a déjà fait de grands
progrès dans la sagesse, et vous tous aussi ; en vérité, il est permis de se
réjouir lorsqu'on voit de tels disciples, qui pourront bientôt devenir de bons
ouvriers dans les vignes du Seigneur ! Mais Je dois pourtant vous faire remarquer
une chose, qui est celle-ci :
2. Vous êtes à présent comme les premières petites
fleurs qui, au printemps, se hâtent de hausser leurs têtes magnifiques
au-dessus d'un sol mort. S'il ne survient pas de gelées, ces petites fleurs
empressées s'en trouveront bien ; mais si, comme l'attestent la plupart des
printemps, plusieurs jours d'un terrible gel succèdent à nouveau aux beaux
jours, ces premières petites fleurs laissent vite retomber leurs têtes
magnifiquement parées et souvent se dessèchent alors tout à fait.
3. Je vous le dis, bien souvent, lorsqu'un homme
comprend une vérité même fort clairement, si, comme il arrive souvent aussi,
de sombres nuages chargés de maintes intempéries éprouvantes s'élèvent
au-dessus de son âme, son cœur se trouble peu à peu, et il ne voit alors plus
grand-chose de ce qui éclairait pourtant si brillamment son âme peu de temps
auparavant.
4. Aussi, conservez soigneusement en vous-mêmes ce
que vous venez d'apprendre, et ne dressez vos belles têtes au-dessus du sol de
la terre qu'est votre humanité extérieure que lorsque l'épreuve du gel sera
passée ; alors, en vérité, votre savoir ne pourra plus être détruit par aucun
mauvais frimas !
5. Toute chose a besoin de temps pour devenir solide
et durable, et il en va de même pour les connaissances de l'homme. Lorsque
l'occasion s'en présente, l'on apprend et l'on comprend beaucoup, souvent très
vite — mais dès que d'autres circonstances surviennent, on les oublie aussitôt
! Aussi, saisissez ce qui vous est dit davantage avec votre cœur qu'avec votre
cerveau, et vous ne l'oublierez pas !
6. Lorsque vous voyez une fleur, son bel aspect vous
procure sans doute une grande joie ; mais à quoi vous sert cette joie,
nécessairement aussi provisoire que la fleur qui l'a suscitée en vous ?!
Cependant, la force de la fleur doit se retirer au fond de son calice, où la
graine vivante sera conservée et nourrie, et de même, votre joie superficielle
doit se faner et sa force descendre dans les profondeurs où la vie éternelle
de l'esprit est conservée et nourrie ; alors, il en naîtra une joie de la
véritable beauté intérieure de l'esprit aussi éternelle que celui-ci, et
contre laquelle aucun frimas ne pourra plus jamais rien.
7. Mais à présent, soyez très attentifs ; car Je
vais donner quelques éclaircissements sur des aspects que Cyrénius souhaitait
se voir expliquer un peu. »
8. Là-dessus, Je
Me tournai vers Jarah et Josoé et leur dis : « Quant à vous, Mes très
chers enfants, vous pourriez maintenant aller un moment rejoindre dans la
cuisine les filles de Marc, qui auront bien des choses à vous raconter sur tout
ce qu'elles ont vécu depuis plusieurs jours dans leur travail, toutes choses
dont vous ferez sans doute votre profit ; car le mets que Je vais à présent
servir aux convives est une sorte de pain aussi dure que la pierre, et il faut
des dents très fortes et bien formées pour pouvoir mâcher convenablement un tel
morceau de pain sans qu'il pèse ensuite sur l'estomac sensible de l'âme et lui
occasionne douleurs ou dommages. Plus tard, quand les dents de votre âme seront
devenues plus fortes, ces choses vous seront dites à vous aussi ! »
9. Jarah ne quitte pas volontiers sa place, mais Josoé lui dit : « Viens avec moi sans
aucune tristesse, chère Jarah ! Car ce que veut le Seigneur doit toujours être
obéi aussitôt d'un cœur joyeux ; comme tu comprends cela bien mieux que moi,
lève-toi donc promptement et viens avec moi, selon la volonté du Seigneur ! »
10. Là-dessus, Jarah se lève et entre avec Josoé
dans la maison de Marc, où les filles de celui-ci les accueillent très
aimablement, selon l'usage de la maison, et bientôt, un mot suivant l'autre,
les enfants, s'instruisant mutuellement, s'entretiennent fort agréablement
presque jusqu'au soir.
11. Cependant, Je Me tourne vers Cyrénius et lui dis : « À présent, très cher
ami, tu peux prêter l'oreille à la réponse édifiante que Je vais faire à ta longue
question ; tu pourras ensuite t'en tenir à cette réponse, ainsi que tous ceux
qui l'auront entendue ! »
12. Suétal voulut alors glisser à Raphaël une
remarque joyeuse sur Mon discours qui arrivait enfin ; mais Raphaël lui ordonna
gravement de se taire, ce qu'il fit, et Je poursuivis en ces termes :