Grand Évangile de Jean

Tome 3

Chapitre 65

Le Seigneur donne des conseils aux novices

 

1. Là-dessus, Je Me tourne et dis à Hébram : « Eh bien, tu as a déjà fait de grands progrès dans la sagesse, et vous tous aussi ; en vérité, il est permis de se réjouir lorsqu'on voit de tels disciples, qui pourront bientôt devenir de bons ouvriers dans les vignes du Seigneur ! Mais Je dois pourtant vous faire remar­quer une chose, qui est celle-ci :

2. Vous êtes à présent comme les pre­mières petites fleurs qui, au printemps, se hâtent de hausser leurs têtes magni­fiques au-dessus d'un sol mort. S'il ne survient pas de gelées, ces petites fleurs empressées s'en trouveront bien ; mais si, comme l'attestent la plupart des prin­temps, plusieurs jours d'un terrible gel succèdent à nouveau aux beaux jours, ces premières petites fleurs laissent vite retomber leurs têtes magnifiquement parées et souvent se dessèchent alors tout à fait.

3. Je vous le dis, bien souvent, lors­qu'un homme comprend une vérité même fort clairement, si, comme il arri­ve souvent aussi, de sombres nuages chargés de maintes intempéries éprou­vantes s'élèvent au-dessus de son âme, son cœur se trouble peu à peu, et il ne voit alors plus grand-chose de ce qui éclairait pourtant si brillamment son âme peu de temps auparavant.

4. Aussi, conservez soigneusement en vous-mêmes ce que vous venez d'ap­prendre, et ne dressez vos belles têtes au-dessus du sol de la terre qu'est votre humanité extérieure que lorsque l'épreu­ve du gel sera passée ; alors, en vérité, votre savoir ne pourra plus être détruit par aucun mauvais frimas !

5. Toute chose a besoin de temps pour devenir solide et durable, et il en va de même pour les connaissances de l'hom­me. Lorsque l'occasion s'en présente, l'on apprend et l'on comprend beau­coup, souvent très vite — mais dès que d'autres circonstances surviennent, on les oublie aussitôt ! Aussi, saisissez ce qui vous est dit davantage avec votre cœur qu'avec votre cerveau, et vous ne l'oublierez pas !

6. Lorsque vous voyez une fleur, son bel aspect vous procure sans doute une grande joie ; mais à quoi vous sert cette joie, nécessairement aussi provisoire que la fleur qui l'a suscitée en vous ?! Cependant, la force de la fleur doit se retirer au fond de son calice, où la grai­ne vivante sera conservée et nourrie, et de même, votre joie superficielle doit se faner et sa force descendre dans les pro­fondeurs où la vie éternelle de l'esprit est conservée et nourrie ; alors, il en naîtra une joie de la véritable beauté in­térieure de l'esprit aussi éternelle que celui-ci, et contre laquelle aucun frimas ne pourra plus jamais rien.

7. Mais à présent, soyez très attentifs ; car Je vais donner quelques éclaircisse­ments sur des aspects que Cyrénius souhaitait se voir expliquer un peu. »

8. Là-dessus, Je Me tournai vers Jarah et Josoé et leur dis : « Quant à vous, Mes très chers enfants, vous pourriez maintenant aller un moment rejoindre dans la cuisine les filles de Marc, qui auront bien des choses à vous raconter sur tout ce qu'elles ont vécu depuis plu­sieurs jours dans leur travail, toutes choses dont vous ferez sans doute votre profit ; car le mets que Je vais à présent servir aux convives est une sorte de pain aussi dure que la pierre, et il faut des dents très fortes et bien formées pour pouvoir mâcher convenablement un tel morceau de pain sans qu'il pèse ensuite sur l'estomac sensible de l'âme et lui oc­casionne douleurs ou dommages. Plus tard, quand les dents de votre âme se­ront devenues plus fortes, ces choses vous seront dites à vous aussi ! »

9. Jarah ne quitte pas volontiers sa place, mais Josoé lui dit : « Viens avec moi sans aucune tristesse, chère Jarah ! Car ce que veut le Seigneur doit toujours être obéi aussitôt d'un cœur joyeux ; comme tu comprends cela bien mieux que moi, lève-toi donc promptement et viens avec moi, selon la volonté du Seigneur ! »

10. Là-dessus, Jarah se lève et entre avec Josoé dans la maison de Marc, où les filles de celui-ci les accueillent très aimablement, selon l'usage de la mai­son, et bientôt, un mot suivant l'autre, les enfants, s'instruisant mutuellement, s'entretiennent fort agréablement presque jusqu'au soir.

11. Cependant, Je Me tourne vers Cyrénius et lui dis : « À présent, très cher ami, tu peux prêter l'oreille à la réponse édifiante que Je vais faire à ta longue question ; tu pourras ensuite t'en tenir à cette réponse, ainsi que tous ceux qui l'auront entendue ! »

12. Suétal voulut alors glisser à Raphaël une remarque joyeuse sur Mon discours qui arrivait enfin ; mais Raphaël lui or­donna gravement de se taire, ce qu'il fit, et Je poursuivis en ces termes :